Épisode 1 : « PARTAGER CE QUI T’OPPRESSE »














Comment construire un espace safe, permettre à quelques femmes de se réapproprier leur histoire, leur rapport à leur corps ou à des expériences souffrantes ? Avec des amies d’amies, nous avons inventé un « petit rituel » majoritairement structuré autour de partages d’expériences, de redécouvertes du corps féminin et des plantes qui nous entourent.
Chaque participante est placée à tour de rôle au centre de l’attention. Nous mettons en avant ses cicatrices, ce qu’elles disent et ne disent pas, ses rides, ses courbes, sans chercher à plaire, à se conformer aux normes de beauté imposées par la société, mais en acceptant d’habiter son corps autrement, pour quelques heures. Ce qui nous complexe est recouvert de paillettes (biodégradables) et la peur, la colère, la tristesse, la honte… ont leur place de ce moment de transformation qui n’a rien de spectaculaire.
Cet « rituel » expérimente une forme de libération intérieure face aux injonctions qui infusent nos quotidiens. Nous interrogeons les normes qui structurent nos sphères professionnelles, privées, sociales et qui nous oppressent. L’objectif est de développer un dispositif de « care » pour prendre soin de notre liens, de nos chairs, et de notre rapport à d’autres formes de vie (végétales, animales…).
Il s’agit de reprendre confiance en nous, en notre force vitale en élargissant nos mondes intérieures aux mystères du vivant, d’une plante, d’un animal. N’importe quel sujet est mis sur table : écologie, débats de société, difficultés du couple, du célibat, du salariat, de la maternité, puissance de l’amitié. L’idée sous-jacente est d’essayer de prêter attention à nos points de vue situés et de réfléchir en quoi ils portent en eux un potentiel de transformation politique… ou pas.
Après un temps d’écoute, chaque corps est mis en valeur par la pratique du maquillage selon les désirs, goûts, envies propres à chaque participante. Le rituel est structuré autour de la parole et du toucher comme gestes de soin déployés dans des « espaces safe » comme des jardins privés ou en cours de réhabilitation.
Les participantes me sollicitent lorsqu’elles sont prêtes à être photographiées en sachant que je prends très peu de photographies et que je ne donne quasiment aucune directive sur leurs gestes ou postures. Parfois, je retiens un sourire ou un regard, mais mon objectif est surtout de leur permettre d’incarner autrement leurs corps et leurs émotions devant l’appareil photographique. L’idée est de prendre du recul sur ce rapport de pouvoir qui se négocie entre le photographié et le photographiant. Parfois, je ne ressens pas le besoin de photographier le moment. Il y a des images qui peuvent se contenter de vivre dans nos têtes et d’autres qui traduisent un sentiment de vulnérabilité et le photographier nous donne de la force pour nous saisir autrement de nos histoires personnelles.