L’art de la transformation

L’éveil  Pendant des années, j’ai évolué dans l’univers feutré et exigeant de l’industrie du luxe et dans le secteur culturel à Paris. Un monde de compétition, de perfection, de performance, mais aussi un monde de surconsommation où le rythme effréné m’a menée jusqu’au burn-out. Ce point de rupture a été un électrochoc. J’ai réalisé à quel point notre époque traite parfois les êtres humains comme elle traite la nature : comme des variables ajustables, des objets jetables, des « déchets ». Pour me reconstruire, j’ai eu besoin de revenir à l’essentiel.

La révélation de la matière À 30 ans, je décide de reprendre des études d’art à la Sorbonne. Je découvre l’art écologique et c’est un coup de foudre. La mort d’un chêne tricentenaire dans son jardin familial amorce une réflexion sur les atteintes faites à la vie végétale (The Bark’s scars) dont les abattages d’arbres non malades et les tailles drastiques, ce qui me décide à valoriser le point de vue d’élagueurs-grimpeurs experts en sciences des arbres. En 2020, je réalise une collaboration avec l’artiste Ambroise pour croiser ces violences végétales avec des violences sociales, politiques et culturelles faites aux communautés racisées (Chiasme). Je m’inspire aussi de la littérature écologique, des nouveaux récits engagés pour réunir mes deux passions, l’écriture et la création artistique. Grâce à cette double expertise, je valide mon Master 2 en Arts Plastiques à l’Ecole des Arts de la Sorbonne. Je poursuis en thèse à Bordeaux pour trouver un moyen de sublimer nos fissures communes, celles de la terre et du vivant réifiés et des êtres humains maltraités, dévalorisés, en particulier les femmes. Nouveau choc : la découverte de l’écoféminisme. Tout est lié. Tout fait sens. En 2022, je diffuse sur Youtube un clip musical (Mille Love) produit avec l’artiste sonore NEJU, une fable écoféministe vidéographique en musique tournée dans le Pays basque. Depuis 2022, elle réunit des amies d’amies pour organiser des rituels photographiques dédiés à la valorisation du corps féminin et à la reconnexion avec la terre (And still the singing in my body). C’est en m’intéressant au cycle du compost et des biodéchets que mon regard bascule. Là où la majorité de la société ne voit que du sale, du putride ou du repoussant, je découvre un écosystème d’une magie absolue, un berceau de fertilité et de renaissance. Je comprends que prendre soin de la Terre, prendre soin du corps et des expériences des femmes, et prendre soin de nos propres blessures nourrit le même processus : le care, la réparation, la transformation. C’est ainsi qu’est née ma démarche artistique et écoféministe : redonner de la valeur à ce qui a été dévalorisé.

L’alliance du soleil et de l’organique Mon atelier est un laboratoire vivant où je collabore avec la nature et la matière animée. J’utilise des techniques expérimentales comme le Lumen Print, un procédé photographique ancien et antenumérique (sans appareil photographique). Je dépose des épluchures, des restes alimentaires, des fleurs de saison directement sur le papier photographique, puis je laisse le soleil faire son œuvre. Dans ce processus, c’est la matière organique qui s’exprime et dessine ses propres textures, ses teintes pastels ou vives, ses éclats uniques. Les images obtenues sont ensuite magnifiées en grands formats sur papier d’art ou imprimées sur du twill de soie. À la technique du lumen print s’ajoute la création de petits textes intégrés dans mes dispositifs d’exposition. Si la matière circule, les points de vue ne cessent de s’élargir, de me bousculer, de me forcer à ne pas maîtriser le résultat obtenu et les voix humaines, non-humaines qui s’entremêlent en moi. J’écris sur ce que cette pluralité de voix transforme en moi et partage ce contenu dans mes dispositifs d’exposition. Et puis en 2024 je découvre l’art textile, la teinture naturelle sur soie. Et c’est un nouveau coup de foudre. Je retrouve le plaisir sensoriel du contact avec la matière observé sur le terrain chez les maîtres composteurs rencontrés régulièrement. La matière organique est ensuite transformée en jus pour donner forme à de nouvelles créations. Elle me surprend, me désarme plus d’une fois, m’émerveille à chaque fois. Les tissus teintés sont montés sur des tuteurs en bambou et me font penser à des drapeaux qui portent les couleurs de la Terre alors que la Terre perd ses couleurs, alertent les scientifiques.

L’émotion en partage Mon but n’est pas moralisateur. Je veux susciter un choc esthétique et émotionnel : en découvrant que des formes abstraites, cosmiques et poétiques, je souhaite changer les regards sur la nature ordinaire, sur le corps et les expériences des femmes, sur les vivants dévalorisés dans l’imaginaire dominant. À travers mes photographies et mes tissus teints naturellement, j’invite chacun.e à se reconnecter à la beauté des couleurs de la Terre et de la matière organique transformée en jus. Une manière valoriser la valeur intrinsèque du vivant, de prendre soin des couleurs de la Terre qui mutent, jaunissent, blanchissent, s’uniformisent. Mais la transformation ne s’arrête pas à celle de la matière organique. Elle implique aussi notre rapport au corps, aux normes de la beauté (surtout en ce qui concerne le corps féminin), l’élargissement des débats écologiques à des points de vue situés, pluriels…

Désormais je suis artiste-auteure et chercheuse indépendante basée dans le Sud Ouest. Ma pratique se situe à l’intersection de l’art et de la littérature écologiques avec une forte dimension expérimentale. Mes médiums de prédilection sont la photographie alternative (impression solaire, cyanotype), argentique, numérique, la vidéo (poèmes vidéographiques, clip musical), l’installation (art textile) et l’écriture poétique. Je partage mon art lors d’expositions et mon expertise de chercheuse en animant des ateliers pour des associations, entreprises ou lors de conférences publiques.

On parle de moi :

Article critique « Trois immanquables du Mois de la photo à Bordeaux » site Internet journal Junkpage :
Article critique « Fissures, compost et imaginaires » et entretien avec Mireia Ochoa disponibles sur basque.press :
Web-série « L’écologie positive en actions » réalisée par la Communauté d’Agglomération Pays Basque :

https://www.communaute-paysbasque.fr/actualites/toutes-les-actualites/actualite/episode-1-je-crois-a-la-force-des-imaginaires-ecologiques-pour-entrainer-le-mouvement